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 Arrestation d'Amy Goodman et Democracy now

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Georges D. Nightmare

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MessageSujet: Arrestation d'Amy Goodman et Democracy now   Mar 2 Sep - 20:49

Amy Goodman, l'âme de democracy now vient d'etre arretée par les milices bushistes à la convention républicaine :
http://www.ilovepolitics.info/La-journaliste-de-gauche-Amy-Goodman-arretee-pendant-la-convention-republicaine_a856.html



Une radio indépendante, des milliers de bénévoles

« Democracy now » donne sa voix à la gauche américaine
Le 3 janvier dans l’Iowa, puis cinq jours plus tard dans le New Hampshire, quelques centaines de milliers d’électeurs américains auront donné le coup d’envoi de la course à la Maison Blanche. Ces deux Etats ont beau être fort peu représentatifs de la population américaine, le choix qu’ils font crée un effet boule de neige aussitôt amplifié par les médias. Une émission de radio entend résister à ce matraquage et à quelques autres. A propos de la guerre d’Irak, par exemple.
Par Thomas Boothe et Danielle Follett« Notre région est très conservatrice, les républicains dominent la vie politique et la radio ; on n’entend que des gens de droite ou des évangélistes. Ici, la petite minorité de gens qui ne sont pas républicains se sentent tellement marginalisés qu’ils sont disposés à défendre coûte que coûte cet espace exigu qui nous appartient, à nous les progressistes. »
Joseph Fitsanakis, organisateur militant de l’émission de radio « Democracy now » à Tri-Cities, Etat du Tennessee.

Il y a deux ans, dans une petite communauté rurale du nord-est du Tennessee, un groupe de militants armés d’une simple pétition signée par soixante-dix personnes est parvenu à convaincre la radio locale de diffuser « Democracy now », une émission d’information progressiste rompant avec les programmes des radios privées. Pourtant, cette zone reculée des Appalaches ne semblait guère être l’endroit idéal pour ce genre d’initiative (1). Minière et agricole, la région vote massivement républicain (à 75 % lors de la dernière élection présidentielle). M. Joseph Fitsanakis rappelle d’ailleurs qu’« ici, il y a trente ans, les seules activités politiques tolérées étaient celles du Ku Klux Klan ».

Lui et d’autres militants ont récemment fondé Democracy now Tri-Cities (DNTC), une association destinée à défendre l’émission, qui est désormais régulièrement diffusée depuis 2005. Ce programme est menacé après que la radio locale, WETS, qui vit principalement des dons des auditeurs, eut reçu des appels réclamant son retrait des ondes. La zone de diffusion de WETS est en effet très conservatrice. Y militer signifie donc parfois risquer des agressions physiques (tirs dans les fenêtres, chiens empoisonnés, etc.). « Les syndicalistes de la région qui ont mené des luttes dans l’industrie minière auraient beaucoup d’histoires semblables à vous raconter », signale M. Fitsanakis. Ailleurs aussi, l’émission semble déranger : le 13 août dernier, une balle a traversé la fenêtre de la station de radio diffusant « Democracy now » à Houston (Texas) ; elle a manqué de peu le présentateur.

Des débats dignes de ce nom
Mais la réussite de « Democracy now » constitue sa meilleure défense. Selon M. Wayne Winkler, directeur de WETS, les réactions des auditeurs sont « extrêmement encourageantes ; les commentaires positifs bien plus nombreux que les critiques. On ne compte plus les auditeurs qui soutiennent financièrement la radio à cause de l’émission ». De fait, les dons et les propositions de travail bénévole affluent (lire « Auditeurs solidaires »).

Créée par la journaliste Amy Goodman et par Pacifica Radio en 1996, « Democracy now » est rapidement devenue l’émission d’actualités la plus écoutée de cette station. En 1999, des dissensions internes ont cependant failli mettre fin à l’aventure (2). Bien que les choses se soient arrangées, Goodman et ses collaborateurs ont préféré devenir indépendants en 2002 afin de garantir leur autonomie. Les deux organismes conservent des liens étroits, et Pacifica Radio continue de diffuser l’émission.

En moyenne, deux nouvelles stations de radio ou de télévision ajoutent « Democracy now » à leur grille de programmes chaque semaine. Le réseau des diffuseurs comprend à présent des radios universitaires, associatives, la National Public Radio (NPR) (lire « Jusqu’en Europe »), des chaînes de télévision par câble ou satellite, sans oublier Internet, où l’émission est diffusée en format vidéo, audio et texte. Lorsqu’elle fut créée, « Democracy now » n’était reprise que par trente stations ; ce chiffre frôle désormais les sept cents. Traduite en espagnol, une partie de l’émission est diffusée par plusieurs dizaines de radios hispanophones aux Etats-Unis et en Amérique latine.

Un tel succès suggère qu’une fraction non négligeable de la population américaine souhaite entendre un point de vue progressiste sur l’actualité, basé sur un journalisme critique et sur des débats dignes de ce nom. A la manière des programmes d’information des grands médias, l’émission récapitule les principaux événements de la journée. Mais, loin de servir comme beaucoup d’autres de porte-voix à la communication gouvernementale, elle analyse en profondeur – et de manière critique – les déclarations et les décisions des autorités en place, démocrates ou républicaines. Productrice et présentatrice vedette de « Democracy now », Goodman aime rappeler les mots du grand journaliste d’investigation Isidor Feinstein Stone s’adressant à ses étudiants : « Si vous ne devez retenir que trois mots, que ce soient ceux-là : les gouvernements mentent. »

En même temps que son autonomie financière, l’hétérogénéité du réseau qui diffuse l’émission garantit son indépendance. Car, comme le suggère un des rares journalistes de gauche travaillant à la télévision américaine, Bill Moyers, « Democracy now » « a ainsi évité de devenir une institution (3) ». Néanmoins, différent en cela de nombreux médias indépendants apparus récemment, le « réseau » n’a rien de virtuel. Et il existe bien au-delà d’Internet. Le spécialiste des médias Robert McChesney estime devant nous que « ce qui distingue “Democracy now”, c’est l’ampleur même de son succès. Cantonnée à une poignée de stations il y a dix ans, l’émission touche à présent un vaste public et dispose d’un bon système de diffusion ».

Malgré tout, « Democracy now » demeure en marge du système médiatique américain. Dans un univers journalistique qui se targue – souvent très abusivement – de professionnalisme et de neutralité politique, l’émission est sans cesse mise en cause en raison du parti pris qu’on lui impute. Pourtant, qui peut se prévaloir comme elle de traiter l’actualité sans but lucratif, sans lien avec un parti et sans ressources tirées soit de la publicité, soit de parrainages d’entreprises, soit de fonds publics ? Les revenus de l’émission proviennent uniquement de dons (auditeurs et associations), de droits versés par les diffuseurs et de la commercialisation de DVD et de tee-shirts. Avant de partir pour le nord-est du Tennessee, M. Fitsanakis a travaillé avec des militants qui œuvraient pour que le programme soit diffusé à Nashville, capitale de l’Etat. Il se souvient : « Nous avons lancé une pétition qui a réuni entre trois mille et quatre mille signatures. La station sollicitée nous a alors répondu que le nombre, bien que significatif, n’avait aucune importance. A leurs yeux, l’émission était trop “partisane” pour la région, point final. »

Pour apprécier la saveur de ce type d’accusation, il faut avoir à l’esprit le phénomène de concentration qui a balayé les médias américains depuis vingt ans. Et penser aussi aux sommes gigantesques que les quelques conglomérats propriétaires de la quasi-totalité du secteur consacrent au lobbying. Car leur domination ne les empêche pas de vouloir toujours davantage et de s’employer à convaincre les responsables gouvernementaux de modifier encore les réglementations en leur faveur. Comme le souligne Eric Klinenberg, professeur de sociologie à l’université de New York, ce phénomène a connu son envol au cours des années 1990 grâce aux lois votées sous la présidence de M. William Clinton (1993-2001). A cette époque, « le gouvernement n’a pas “dérégulé” le marché, mais l’a plutôt “rerégulé” afin de permettre aux sociétés privées d’acquérir de plus en plus de chaînes, de journaux et de stations (4) ». La loi de 1996, par exemple, a eu des répercussions particulièrement sévères pour la diversité radiophonique. Elle autorise une société à posséder jusqu’à huit stations dans une localité donnée (5).

Bien qu’ils soient responsables de l’uniformisation des lignes éditoriales et des réductions d’effectifs dans les rédactions, les oligopoles de l’information ont intérêt à préserver une illusion de neutralité dans leurs programmations. Or accuser les médias indépendants d’être « partisans » constitue un bon moyen d’y parvenir. McChesney estime que l’accusation relève de la « propagande caractérisée » : « “Democracy now” est aussi soucieuse du respect des faits, sinon plus, que les médias appartenant à des intérêts privés. Mais, dans ce pays, le journalisme politique a perdu tout sens critique vis-à-vis des intérêts dominants. Or “Democracy now” juge tous les détenteurs de pouvoir avec la même méfiance, qu’ils soient républicains ou démocrates. »

Recours important à Internet
Le succès de l’émission doit beaucoup aux carences d’une information trop respectueuse ailleurs. Selon Goodman, les grands médias « convoquent toujours les mêmes soi-disant experts qui ne savent rien sur tout. Une des règles de base du journalisme est pourtant de s’intéresser aux gens qui subissent les conséquences des choix politiques imposés au pays (6) ». Le manquement systématique à cette règle aurait, selon elle, créé « une soif impressionnante de changement ».

Dotée de moyens très inférieurs à ceux de ses concurrents, « Democracy now » ne peut ni financer de grandes enquêtes ni espérer les confidences de sources très haut placées. Les présentateurs des journaux de la radio publique sont payés environ cinq fois plus que Goodman, ceux des chaînes de télévision commerciales gagnent cent fois son salaire. En 2005, Goodman touchait 59 000 dollars par an, son homologue de NPR, 300 000 dollars, et les présentateurs des grands médias privés (NBC, CNN, etc.), de 4 à 15 millions de dollars. Parmi les vingt-cinq permanents de l’équipe, beaucoup sont des journalistes expérimentés. Mais le travail quotidien que leur impose la préparation d’un journal de qualité les empêche de mener des enquêtes de terrain. La force de l’émission réside donc plutôt dans le choix des invités et dans une analyse de l’actualité qui reflète une hiérarchie différente de celle des grands médias. Les producteurs s’appuient sur des sources accessibles à tous, en particulier sur Internet. La masse d’informations disponibles leur permet de choisir des sujets et des approches qu’on ne retrouve guère dans les grands médias, mais elle rend leur travail éditorial encore plus décisif.

Très appréciées aux Etats-Unis aussi bien qu’en Amérique latine, les dix à quinze minutes qui ouvrent le journal en résumant les nouvelles du jour sont l’œuvre d’une seule personne, équipée d’un ordinateur portable. « Democracy now » est abonnée aux agences de presse, mais elle puise également dans le vivier des dizaines de sites Internet d’actualités, d’organisations non gouvernementales (ONG) et de blogs, pour la plupart anglophones. Sur la quinzaine de sujets résumés au début du journal, environ trois ou quatre ne sont développés par aucun grand média. Et les nouvelles qui sont traitées ailleurs sont en général abordées sous un angle radicalement différent.


Dernière édition par Georges D. Nightmare le Mar 2 Sep - 20:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Arrestation d'Amy Goodman et Democracy now   Mar 2 Sep - 20:50

La suite ...
Ainsi, le jour du décès de Gerald Ford (26 décembre 2006), la presse américaine fit de l’ancien président républicain (août 1974 - janvier 1977) le héros qui, après le scandale du Watergate et la démission de Richard Nixon, avait su « réconcilier la nation avec elle-même ». « Democracy now » n’hésita pas quant à elle à rappeler que ce héros présumé (et son secrétaire d’Etat Henry Kissinger) avait joué un rôle déterminant dans les massacres au Timor oriental : en 1975, « c’est Ford qui autorisa le dictateur indonésien, le général Suharto, à envahir cette moitié de l’île ».

Lors des entretiens en studio, qui suivent l’annonce des titres et complètent l’heure de programme, les présentateurs épargnent aux auditeurs les boutades courantes dans des médias privés ne sachant pas quelle facétie inventer pour égayer les nouvelles. Ils laissent leurs invités s’exprimer sans les interrompre. L’émission reçoit des journalistes d’investigation, des citoyens ordinaires, des intellectuels, des élus, des militants, des artistes engagés, des représentants d’ONG. Même lorsqu’il s’agit de gens connus, la plupart de ceux qu’on entend sur « Democracy now » ne sont pas souvent invités par les grands médias. Noam Chomsky, Naomi Klein, Robert Fisk, Arundhati Roy, Edward Said (décédé en 2003), ainsi que MM. Ralph Nader, Evo Morales et Hugo Chávez, ont ainsi participé à l’émission.

La liste même de ces noms le souligne, l’émission cherche à favoriser l’expression d’une sensibilité progressiste largement absente des ondes. Mais « Democracy now » n’entend pas pour autant devenir la chambre d’écho de la gauche américaine. Si les représentants du pouvoir ou des grandes entreprises refusent en général l’invitation qui leur est adressée, l’ancien président (républicain) de la Réserve fédérale (Fed) Alan Greenspan a accepté de débattre avec Naomi Klein, l’auteure altermondialiste de No Logo (7).

En novembre 2000, le jour de l’élection présidentielle, le président Clinton s’est invité à l’antenne, par téléphone, dans l’espoir de persuader les auditeurs de voter pour M. Albert Gore, son vice-président d’alors. Goodman ne l’a pas laissé monopoliser l’émission : « Vous appelez les stations de radio pour convaincre les gens d’aller voter. Mais qu’avez-vous à dire à ceux qui estiment que les deux partis ont été achetés par des intérêts privés, et qu’il est donc inutile de se déplacer ? » Une discussion à bâtons rompus a suivi, portant à la fois sur les sanctions contre l’Irak et sur le soutien de certains démocrates (dont MM. Clinton et Gore) à la peine de mort. Exaspéré, le président des Etats-Unis accusa Goodman de poser des questions « hostiles et agressives ». « Non, elles dénotent un sens critique », répliqua-t-elle.

Le lendemain, le service de presse de la Maison Blanche se plaignait que Goodman n’aurait pas respecté les « règles » de l’entretien. « Lesquelles ? », interrogea-t-elle. L’appel du président n’était pas prévu, aucune « règle » n’avait donc été établie au préalable. Toutefois on reprocha à Goodman d’avoir fait dévier le débat hors du sujet initial (convaincre les gens d’aller voter) au risque d’accaparer trop longtemps son interlocuteur. « Le président Clinton est l’homme le plus puissant de la planète, il peut raccrocher quand cela lui chante », répondit-elle alors, avant de tirer sa propre leçon de l’incident : « Je ne réserve aucun traitement de faveur aux puissants. Ils sont les employés du peuple (Cool. »

« Democracy now » refuse l’attitude habituelle des médias américains en période électorale. Les états-majors de campagne savent pouvoir compter sur eux pour donner un écho démesuré à leurs décisions tactiques. Ainsi, durant l’actuelle course à l’investiture du parti démocrate, lorsque Mme Hillary Clinton s’est trouvée en difficulté dans les sondages, ses conseillers ont décidé de lui faire adopter une posture plus « agressive ». Les médias ont aussitôt fait leurs choux gras de ce changement d’attitude, et Mme Clinton s’est vu offrir toutes les occasions d’incarner sa nouvelle personnalité. « Democracy now » a fait un autre choix : celui de ne pas couvrir l’« événement ».

Pendant la campagne présidentielle de 2004, « Democracy now » informait ses auditeurs des sondages et de l’actualité du jour, mais privilégiait les enjeux de fond. Et, plutôt que de laisser les deux favoris (MM. George W. Bush et John F. Kerry) monopoliser l’antenne, l’émission souligna la marginalisation des « petits candidats » ainsi que le danger de voir des millions de citoyens privés de leurs droits démocratiques (bureaux de vote éloignés, arguties juridiques, déchéance de leurs droits civiques).

Après les attentats du 11-Septembre, la plupart des médias ont favorisé la marche à la guerre contre l’Irak. Lorsque, dans le Washington Post du 21 octobre 2001, le journaliste Jeff Stein parmi d’autres a suggéré que « Saddam, le petit camarade de Ben Laden », était à l’origine des attaques à l’anthrax perpétrées contre des journalistes et des responsables politiques, à un moment où l’enquête policière prenait une tout autre direction, « Democracy now » mit en garde : « L’administration Bush et les médias essaient systématiquement d’imputer à l’Irak les attentats du 11-Septembre ou les attaques à l’anthrax. »

L’émission a également été l’une des seules à relayer auprès de ses auditeurs une information de la presse britannique selon laquelle le gouvernement américain écoutait les communications téléphoniques de plusieurs membres du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce fut encore la seule à informer continûment des diverses formes de contestation de l’engagement militaire américain, comme par exemple le fait que les bureaux de Mme Clinton furent occupés après qu’elle eut voté en faveur de la guerre. Dans une atmosphère de « patriotisme » exacerbé, quel autre média aurait été susceptible de diffuser une nouvelle du genre : « Un homme a été arrêté dans un centre commercial parce qu’il portait un tee-shirt “Donnez une chance à la paix”. Plus de cent cinquante personnes ont protesté en se rendant sur les lieux avec le même tee-shirt » ?

Le refus de se ranger derrière la ligne officielle et l’utilisation de sources d’information diversifiées ont permis à « Democracy now » d’offrir à ses auditeurs une image plus fidèle de ce qui se préparait en Irak et dans leur pays. Qu’on en juge plutôt : selon l’organisation de critique des médias Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR), pendant les trois premières semaines de la guerre (mars-avril 2003), les six principaux journaux télévisés n’ont pas fait appel à une seule personne analysant l’invasion de façon critique en lui offrant le temps de s’exprimer (9). « Democracy now » en interrogea trente.

Ces efforts ont parfois débouché sur des résultats significatifs. En mars 2004, alors que le coup d’Etat en Haïti était généralement assimilé à un soulèvement populaire contre un dictateur corrompu, l’émission de Goodman diffusa un entretien exclusif avec le président en exil, M. Jean-Bertrand Aristide. Ce dernier révéla alors que l’armée américaine l’avait forcé, arme au poing, à démissionner, avant de l’enlever. Le « scoop » obligea les autres médias à revenir sur l’événement en posant de nouvelles questions. Goodman ironise : « Nous avons contaminé les médias ! »

D’autres « contaminations » ont suivi. En février 2007, « Democracy now » a interrogé Greg Palast, journaliste à la British Broadcasting Corporation (BBC), sur les fonds vautours qui pillent les pays en voie de développement (10). Palast expliqua que la Maison Blanche avait permis que des crédits publics destinés à alléger la dette des Etats pauvres soient utilisés pour rembourser les créances de sociétés privées envers plusieurs pays du Sud. Peu après, deux parlementaires réclamèrent qu’une mise en cause des fonds vautours figure à l’ordre du jour d’un sommet du G8. « Avant d’avoir pris connaissance de l’enquête de “Democracy now”, une émission très suivie par de nombreux membres du Congrès, ces derniers ignoraient que l’argent était ainsi détourné », souligne Palast.

Compte tenu de l’hétérogénéité de son réseau de diffusion, l’audience réelle de l’émission et l’orientation politique de ses auditeurs sont difficiles à apprécier. A l’évidence, les plus fidèles ont une sensibilité progressiste ; mais, insiste McChesney, « ce n’est pas non plus la gauche américaine type bobos de San Francisco ou de Boston. Les auditeurs appartiennent à toutes les strates de la société ». Si « Democracy now » est populaire dans une région aussi républicaine que le nord-est du Tennessee, c’est probablement parce que beaucoup d’Américains, de gauche ou de droite, supportent de plus en plus mal la mainmise des grandes entreprises et du gouvernement sur la communication. « Les médias privés laissent un espace vide que nous venons occuper », estime Goodman. Même chez les républicains, beaucoup ont été terriblement déçus par les mensonges de la Maison Blanche, les scandales, les revers militaires et les dépenses incontrôlées. La presse n’est pas épargnée par ce désaveu.

Une région pleine de promesses...
Selon M. Fitsanakis, des républicains ont rejoint DNTC pour réagir au recul des libertés individuelles et de la liberté d’expression, un sujet souvent traité dans l’émission. Des électeurs conservateurs ont fait part de leur soutien à l’association. Bien qu’en désaccord avec nombre d’idées défendues par « Democracy now », ils se déclarent « vraiment furieux contre l’actuel gouvernement ». Et ils trouvent dans l’émission « un point de vue à peu près raisonnable et honnête sur ce qui se passe dans le pays ».

Goodman estime que les médias américains exagèrent les différences entre gauche et droite. « Les deux camps ont des préoccupations assez proches », explique-t-elle. « Les conservateurs comme les progressistes s’inquiètent des atteintes à la vie privée et du pouvoir grandissant qu’exercent les grandes entreprises. Les familles de soldats sont horrifiées par le prix qu’ont payé leurs fils et leurs filles, alors que les enfants des puissants sont épargnés par la guerre. » De son côté, M. Fitsanakis croit que, dans une région où les gens utilisent peu Internet comme source d’information, « ils trouvent chez nous une émission qui parle de ce qui les intéresse vraiment ».

Dans cette région, DNTC s’appuie sur les auditeurs pour essayer de mobiliser le camp progressiste. M. Fitsanakis connaît cet exercice : « Il faut d’abord mobiliser les auditeurs. Ici, environ un million de foyers peuvent recevoir l’émission, dont un bon nombre vivent très isolés dans les montagnes ou dans des endroits difficiles d’accès. Pourquoi ne pas utiliser l’émission pour commencer à les rassembler ? » En six mois d’existence, l’association a recruté cent cinquante bénévoles et organisé huit manifestations contre la guerre le jour du quatrième anniversaire de l’intervention en Irak. Afin d’établir des contacts avec la fraction la plus militante du syndicat des mineurs, un rassemblement a été organisé devant une usine qui fabrique des munitions à l’uranium appauvri. L’action n’a remporté qu’un succès limité. « Des syndicalistes se sont joints à nous, explique M. Fitsanakis, mais nos propres troupes n’étaient pas rassurées à l’idée de se retrouver face à la police. Cependant, je reste optimiste, cette région est pleine de promesses... »

Thomas Boothe et Danielle Follett.Audiovisuel, Élections, Idées, Information, Médias, Politique, États-Unis, États-Unis (affaires intérieures)

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Thomas Boothe et Danielle Follett
Respectivement enseignante-chercheuse dans le département d’études des pays anglophones à l’université Paris-VIII, et cinéaste-photographe.
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