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 Les dangers de la politique monétaire des Etats-Unis

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manu888



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MessageSujet: Les dangers de la politique monétaire des Etats-Unis   Jeu 26 Juil - 10:51

Cet article de Philippe Even a pour but d’expliquer le contexte et les enjeux d’un échange entre Ron Paul et l’actuel Chairman de la Réserve Fédérale Américaine Ben Bernanke sur la politique monétaire des Etats-Unis (voir la video) le 18 juillet dernier.

Disponible sur Ron Paul France: http://ronpaulfr.blogspot.com/2007/07/les-dangers-de-la-politique-monetaire.html

Ron Paul aborde de nombreux problèmes dans le cours de cet entretien avec Ben Bernanke. Chaque phrase de Ron Paul mériterait un chapitre entier d’explications. Nous essayerons de faire simple.

Le business de l’exportation de monnaie


Les Etats-Unis sont exportateurs de monnaie. Cette situation leur confère un avantage certain. Chaque $ détenu à l’étranger et « dormant dans un coffre » est un prêt gratuit concédé au trésor américain. La situation de pays exportateur de monnaie est tellement avantageuse que de nombreux pays ont développé cette activité par le passé (notamment l’Autriche avec son Thaler* au XVIIIème siècle).

D’autre part l’essentiel des transactions sur les marchés des matières premières et même des produits manufacturés s’effectuent en $. Cela permet de « geler » sur ces marchés une masse colossale d’argent et qui ne revient pas aux USA sous forme d’inflation, les biens livrés contrepartie de ses dollars enrichissant de façon bien réelle les USA.

* Le mot dollar vient d’ailleurs du mot Thaler.

La confiance comme fonds de commerce

Pour que cet avantage persiste il faut trois conditions : la confiance dans la monnaie (capacité d’échange ou liquidité, stabilité de la valeur), sa disponibilité ; il faut pouvoir en disposer rapidement de montants adéquats nécessaires aux transactions les plus importantes (les valises de billets libellés en $ ne sont pas seulement un cliché)... Et bien sur son universalité.

La perte de la confiance en la monnaie d’un pays exportateur de monnaie provoque des catastrophes. Cela s’est déjà produit par le passé ainsi en 1873 l’Allemagne a connu un tel Krach. Celui ci a suivi le projet de démonétisation du Thaler prussien (abandon du bimétallisme par la Prusse). Ce Krach s’est déroulé d’une façon classique dans ce type de crise : rapatriement de tous les thalers détenus à l’étranger chacun cherchant à se débarrasser de ses thalers, inflation du prix des actifs dus à cet afflux de liquidités (immobilier, chemin de fers, banques), puis le Krach dès la première crise de crédit. Cette crise provoqua des réactions en chaîne et toucha ensuite le monde entier (faillite de banques américaines)… 26 annés de dépression suivit cette crise (la première grande dépression de l’ère moderne avant le crise de 1929).

Ron Paul est intimement persuadé que le $ va perdre à terme son hégémonie et sa place de monnaie mondiale de référence. De nombreux pays ont la tentation de où sont en train de lâcher le $. Ainsi L’Irak avant l’invasion de ce pays n’acceptait que de l’€ en échange de son pétrole, tiens c’est bizarre cette coïncidence, ils ont été envahi peu de temps après… C’est vraiment pas de chance.

Les mécanismes de création de monnaie de la Réserve Fédérale

La création de monnaie s’effectue par les deux leviers suivants :

- les déficits budgétaires (injection de liquidités par l’état dans l’économie) financés par des bons du trésor « treasuries » plutôt que par l’impôt (et donc financés par l’épargne mondiale),

- le « Boom » du crédit offert aux particuliers et aux entreprises par des sociétés financières qui s’empressent de titriser (revente sur les marché financiers) cette dette sous forme d’obligations ce qui permet de les « sortir » de l’actif du bilan des banques et de n’en assumer qu’une partie des risques.

Elle est facilitée par des taux historiquement bas sur les marché financiers:

- Taux de refinancement aux USA : 5.25 %,

- Taux sur le 10 ans 5.00 % actuellement…

Nous avons donc une inversion de la courbe des taux avec des taux longs inférieurs au taux d’intervention de la Federal Reserve.

L’arrêt volontaire de la Fed de l’information sur la masse monétaire

La croissance de la masse monétaire M3 (agrégat monétaire) est ainsi à peu près de +13 % par an en ce moment, cet agrégat est un bon « thermomètre » sur les marchés financiers (il permet de suivre la création monétaire et donc d’anticiper l’inflation). Ce chiffre (M3) n’est plus publié depuis mars 2006 par la banque fédérale. « On a préféré casser le thermomètre …»

On ne peut avoir à la fois une monnaie de qualité et de la monnaie en quantité, en fait la qualité de la monnaie dépend de sa rareté. Ceci est tellement vrai que la Banque centrale européenne a dans ses statuts un objectif de croissance de la masse monétaire dépendant du taux de croissance de la zone Euro augmenté d’une variable d’ajustement… L’Europe malgré sa banque centrale dotée d’un statut et de règles précises connaît aussi un boom du crédit et M3 croit de 10 % par an en ce moment dans la zone Euro.

L’inflation engendrée par cette création monétaire

Que provoque cet afflux de monnaie ?

Une inflation mais une inflation qui ne se voit pas dans les chiffres officiels. En effet il existe deux sortes de biens :

- les biens de consommation (facilement reproductibles)

- les actifs (immobilier, actions, obligations, matières premières, matières agricoles, œuvres d’art …) qui pour la plupart ne sont pas reproductibles à l’infini et dont l’offre à une très faible élasticité par rapport à la demande…

On observe que l’inflation est assez bien contenue sur les biens de consommation reproductibles à l’infini, mais par contre l’argent créé (argent facile) vient « polluer » les autres marchés (à faible élasticité de l’offre). On se retrouve ainsi avec des biens courants et bas de gamme à des valorisations ubuesques (exemple en Europe un 2/3 pièces de 50m2 à Paris 20ième proposé à la vente 269000 € - Bon courage pour l’acquéreur ;-)).

En somme Ron Paul dénonce un processus qui voit la production de biens durables croître de 3 % soit la croissance du PIB (GDP - fabrication de nouveaux actifs), quand la monnaie elle croit de 13 %. Il s’ensuit de manière évidente que les détenteurs nets de $ (épargnants) se sont appauvris par rapport à ceux qui détenaient des actifs par le biais de cette seule dilution (il y a un afflux de $ sans contrepartie réelle en terme de création de richesse).

Les raisons de cette croissance monétaire par le crédit

Pourquoi vivons nous un tel boom du crédit…

- les taux d’intérêt sont bas au Japon (0.5%), ceci est un non sens économique de laisser des taux aussi bas… Aucune reprise au Japon n’est possible avec un tel niveau de taux. Le Japon va continuer encore longtemps d’exporter sa crise tant que les taux resteront bas. Qui irait investir au Japon (ou acheter des actifs) avec des taux à 0.5% et se mettre en danger face à une remontée des taux dans ce pays ? Ce phénomène s’appelle une trappe à liquidités. Toutes les liquidités créées aux Japon viennent se déverser à flots continus sur nos marchés et non s’investir sur le marché japonais.

- Les taux d’intérêt à court terme ont été descendus à des niveaux ubuesques (1% aux USA, 2 % en Europe) suite au Krach des dotcom, et des événements de septembre 2001 et maintenus à ces niveaux trop longtemps… Les taux longs ont été contenus à la baisse pendant toute cette période par le replacement sur les marchés obligataires : des sommes dégagés par la vente de pétrole et de matières premières, les excédents réalisés par les marchés émergents, l’épargne mondiale, par des phénomènes de carry trade entre monnaie à faible taux d’intérêt (Japon) et monnaie à haut rendement…

- Comme indiqué précédemment les banques vendent sous forme de titres les dettes contractés, cela permet donc se sortir ces dettes de leur actifs et d’accentuer leur pouvoir de création monétaire… Encore faut-il trouver un acheteur à ce genre de dettes (les experts en rédaction de document de présentation – style Bibi Fricotin - de produits financiers à des investisseurs avisés – fonds de pension et autres gogos - ont de l’avenir)…

Des innovations financières rémunératrices mais aventureuses

Le jeu est de plus pimenté par les innovations financières (ou leur démocratisation) qui ont eu lieu dans la période récente. Les emprunteurs (particuliers) ont été choyés par les organismes de crédit comme ce n’est pas permis. J’ai beaucoup apprécié les prêts à taux « teaser » de style 2/28, les prêts à amortissement négatif, les prêts à taux variables non capés avec ajustement sur la durée puis sur la mensualité lorsque la borne de la durée maximale est atteinte. En France l’allongement de la durée des prêts initialement limités à 15 ans sont passés à 20 ans et ensuite 25, 30 ans et maintenant 50 ans… Les banquiers sont des philanthropes, ces gens là sont trop bons, cela les perdra… Il va y avoir des pots cassés mais en attendant ces philanthropes ont ; chose très importante ; touchés leurs commissions sur le contrat de crédit.

Règle générale chaque bulle voit son innovation financière et se termine lorsque qu’on entend cette remarque : « cette fois ci c’est différent ».

De nécessaires bulles à répétition permettent la continuité du système

Tant qu’une bulle remplacera l’autre le système pourra tenir de bric et de broc…

Ainsi à une bulle sur les technos en 2000 à succédé :

- une bulle sur l’immobilier qui est en train d’exploser aux US depuis fin 2005,

- une bulle sur l’or et les matières premières qui a vu son zénith en avril mai 2006, il n’est pas certain qu’elle ne fasse pas un nouveau plus haut cette année,

- une bulle sur les produits agricoles qui en train de se former (le blé a augmenté de 20 % en un mois dernièrement, sympa non),…

- bulle obligataire dans un état très avancé et une bulle sur le marché actions qui est en train aussi de se former.

Passons sur les bulles moins catastrophiques (pas d’impact sur la vie de tous les jours) et plus ludiques telle celle du marché de l’art… Eux, ils sont fous…

Une situation intenable à terme avec au bout une nouvelle grande crise ?

Que peut on penser de la situation ? Comme Ron Paul en est intimement persuadé et comme le sait aussi Ben Bernanke – sur le long terme la situation n’est pas « sustainable » (tenable)…

Mais si la fin est certaine dans un système où la dette privée pèse pour 330 % du GDP, la dette publique 70 % de ce même chiffre… car le dénouement en sera une crise… Celle ci pourra se dénouer de deux façons : inflation (les gens rembourseront leurs dettes avec de la monnaie de singe), ou déflation (les gens ne rembourseront pas leurs dettes, les biens seront saisis pour être « réalisés » aux conditions du marché afin de rembourser le créancier), et donc ce phénomène aboutira à terme à une destruction de monnaie…

Les paris sont ouverts. J’attends vos commentaires et vos pronostics… En fait le jeu consiste à savoir si Ben Bernake sera un nouveau Volcker, ou un nouveau Greenspan. A la décharge d’Alan Greenspan il convient de préciser que peu de temps après sa prise de fonction il a eu fort à faire…

Et n’oubliez pas «Ron Paul for president ‘08 !»

Philippe EVEN


Lectures :

39 leçons d’économie contemporaine de Philippe SIMONNOT chez Folio actuel

n° 61 – se lit comme un bon roman d’action et vous expose d’une façon claire tous les grands principes de l’économie… Idéal pour débuter…

Greenspan et le Krach de 1987

http://www.edubourse.com/guide/guide.php?fiche=krach-1987

Money is also destroyed by Michael Nystrom, MBA
http://bullnotbull.com/archive/money-1.html

Opening Statement Committee on Financial Services Paulson Hearing - Ron Paul

http://www.house.gov/paul/congrec/congrec2007/cr062007a.htm

avec deux phrases savoureuses de Ron Paul :

« It is said that the CPI is now increasing at the rate of 2.5%, yet if we use the original method of calculation we find that the CPI is growing at a rate of over 10%. »

« There are reasons to believe that the conditions we have created will be much worse than they were in 1979 when interest rates of 21% were required to settle the markets and reverse the stagflation process. »

Pour faire court les différents agrégats monétaires :

http://web.upmf-grenoble.fr/cepse/membres_cepse/walid/mmfp12money
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Doyle Kingsley
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MessageSujet: Re: Les dangers de la politique monétaire des Etats-Unis   Jeu 26 Juil - 13:26

Très bonne analyse Manu888, il est clair que l'€uro deviendra la monnaie du pétrole et de l'économie.
Surtout ce qui m'inquiète c'est le carry trading que beaucoup de market maker effectuent au Japon avec ce taux aussi faible, obligatoirement il va y avoir une inflation monstrueuse.

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MessageSujet: Crise systémique globale / Eté 2007 : La Fed perd le contrôl   Sam 4 Aoû - 0:57

Dans la même lignée que l'article de manu888

Crise systémique globale / Eté 2007 : La Fed perd le contrôle de l’évolution des taux d’intérêts US et la crise commence à toucher la Chine et l’UE

L’élément fondamental de ce 2° trimestre 2007, et qui va bousculer les anticipations de la majorité des acteurs pour les mois à venir, reste certainement l’échec définitif simultané des deux stratégies clés des dirigeants américains à savoir :

. en matière économique, financière et monétaire, l’échec désormais complet de la politique de la Fed (Réserve Fédérale américaine) entamée il y a un an lors de la cessation de la parution de M3, visant à substituer une bulle financière et boursière à la bulle immobilière en implosion pour maintenir la croissance (et donc l’attractivité capitalistique) des Etats-Unis qui conduit à une perte historique de contrôle par la Fed de l’évolution des taux d’intérêts US (une première depuis 1918, hormis période de guerre et de dépression économique et sociale).

. en matière militaire, stratégique et diplomatique, l’échec dorénavant avéré du plan de stabilisation de l’Irak qui survient sur fond de paralysie quasi-complète du pouvoir politique à Washington (sur lequel l’équipe LEAP/E2020 reviendra dans le GEAB N°17 - sur abonnement).

Le Printemps 2007 aura ainsi marqué le point d’inflexion de la phase d’impact de la crise systémique globale : entrée en récession de l’économie américaine, rétablissement de la courbe des taux d’intérêts aux Etats-Unis, crise sur les marchés obligataires, premiers impacts de la crise des prêts à risque sur les grands établissements financiers US comme Bear Stearns [1] et Goldman Sachs [2] ou encore Freddie Mac [3], accélération de la crise immobilière américaine [4], paralysie croissante du pouvoir politique à Washington [5], isolement croissant des Etats-Unis sur la scène internationale, échec avéré du plan de sécurisation de l’Irak, impuissance US face à l’Iran, échec de la relance du processus de paix israélo-arabe, tensions commerciales croissantes entre la Chine et les Etats-Unis, sortie du Dollar d’un nombre croissant de pays arabes (Koweit, Syrie,...), etc... Mais c’est indiscutablement, selon les chercheurs de LEAP/E2020, ce double échec simultané de la Fed et de la Maison Blanche (et du Pentagone) qui affecte directement l’évolution de la crise systémique globale pour les mois à venir, en précipitant notamment l’UE et la Chine dans le « vide » créé par ce double échec US, tout en plongeant les Etats-Unis dans la « recessflation ».

Dans ce communiqué public, l’équipe LEAP/E2020 souhaite présenter au public des extraits du GEAB N°16 (sur abonnement) concernant les conséquences de l’échec de la tentative de relance économique menée par Ben Bernanke et la Fed dont la perte de contrôle de l’évolution des taux d’intérêts US par la même Fed est certainement un phénomène historique [6].

Ainsi, le discours officiel actuel, porté par la FED, prétend que l’économie américaine va connaître à nouveau une croissance forte dans les prochains mois et réduit à une anecdote l’effondrement de la croissance US au premier trimestre (à seulement 0,6%), en pronostiquant une croissance à 2,5% voire 3% pour l’année 2007 [7] alors que par exemple les dernières prévisions économiques de l’ONU place la croissance américaine à 0,5% pour 2007 et 2008 [8]. L’équipe de LEAP/E2020 a pour sa part, dès le mois de Mars, anticipé une croissance sous les 1% pour le 3° trimestre 2007 (avec les 0,6% du premier trimestre, cela plaide pour une croissance annuelle inférieure à 2% dans le meilleur des cas ; et probablement plutôt une décroissance au final).

Pourtant ce discours officiel est contredit par les indicateurs objectifs disponibles (performances des entreprises, emploi, ...), même s’il est soutenu par certains indicateurs soigneusement concoctés par les ministères ou des indices subjectifs qui reflètent en particulier la mise en condition de l’opinion par le discours dominant. LEAP/E2020 a déjà eu largement l’occasion de dévoiler le fonctionnement de ces mécanismes au cours de l’année 2006 ; et dans le GEAB N°16 (sur abonnement), notre équipe de chercheurs détaille plusieurs indicateurs objectifs qui permettent d’anticiper précisément le cours de l’économie américaine pour les trimestres à venir (notamment la montée cachée du chômage, le phénomène de surévaluation de la croissance US grâce au « PNB fantôme » et l’impact de plus en plus structurant de la crise immobilière et des crédits immobiliers à risque).

L’action de la Fed, depuis plus d’un an, caractérisée notamment par une opacité quasi-complète sur la réalité des actions engagées en matière de masse monétaire élargie et les évolutions des avoirs mondiaux en Dollars US, comme l’a incarné l’arrêt de la publication de M3 fin Mars 2006 [9], s’avère donc être un échec complet. La tentative de substituer une bulle financière/boursière à la bulle immobilière, comme Greenspan l’avait fait en substituant la bulle immobilière à la bulle internet, pour maintenir la croissance US n’a pas réussi. Le président de la Réserve Fédérale, Ben Bernanke, peut continuer à inonder de liquidités l’économie US s’il le souhaite, cela n’aura désormais plus qu’un seul impact : accroître l’inflation aux Etats-Unis et renforcer la fuite hors du Dollar et des actifs en Dollars. Le consommateur US, à l’image des troupes US en Irak, enlisées dans un conflit sans fin, est épuisé et insolvable comme l’illustre le parallèle étroit entre l’évolution des ventes de détail et la hausse rapide des délits concernant les prêts à la consommation.

Evolution annuelle comparée des ventes de détails et des délits sur les prêts à la consommation aux Etats-Unis - Source Moody’s

Du coup, la Fed va être confrontée au pire cauchemar d’une banque centrale, la stagflation ou plus exactement la « recessflation » [10]. La crise actuelle qui agite les marchés financiers, avec le rétablissement de la courbe « naturelle » des taux d’intérêts replaçant le long terme au-dessus du court terme n’est qu’une illustration d’un phénomène simple : l’absence de clients pour la dette publique US et les bons du trésor américain [11]. Ce ne sont pas les risques d’inflation qui font monter les taux des bons du trésor actuellement mais tout simplement le fait que plus personne ne veut les acheter [12] (une situation anticipée par l’équipe de LEAP/E2020 depuis plus d’un an). Ce sont désormais les éventuels acheteurs potentiels étrangers (seulement 11% à la dernière vente de T-Bonds [13]) qui vont de facto fixer le taux et la Fed ne pourra que suivre l’évolution des taux d’intérêts mondiaux à long terme. Elle devra parallèlement accroître ses propres rachats de la dette US, en opérant notamment via ses prête-noms que sont les grandes banques qui lui sont associées, ainsi que l’a décrit LEAP/E2020 a plusieurs reprises.

La nouveauté de la situation actuelle, c’est que la Fed est en train de se faire déposséder du seul instrument qui restait encore à sa disposition. C’est donc désormais le reste du monde qui désormais va déterminer le niveau des taux US. Ce rétablissement de courbe illustre aussi le grand retour de l’incertitude systémique sur les marchés financiers. Les opérateurs se rendent compte qu’à moyen et long terme, ils n’ont plus vraiment de garantie sur l’évolution du système global (alors qu’ils croyaient à la pérennité du système actuel il y a encore quelques mois). Cette situation illustre désormais de manière flagrante que c’est hors des Etats-Unis que se joue l’avenir du pays notamment en matière économique et financière, comme l’a déjà illustré à trois reprises ces derniers 6 mois l’impact de décisions chinoises (Dollar et bourses) sur les marchés américains. C’est une situation inédite depuis la fin de la première guerre mondiale qui illustre concrètement la fin de l’ordre mondial créé après 1945.

Cette double faillite simultanée crée ainsi une situation nouvelle qui modifie profondément la perception de l’avenir pour l’ensemble des acteurs, et affecte donc certaines tendances dominantes du début de la phase d’impact de la crise systémique globale (comme par exemple la capacité d’action des Etats-Unis en matière militaire et diplomatique), tout en renforçant considérablement d’autres (notamment l’aspiration de la Chine et de l’UE dans la crise systémique du fait de leur évolution accélérée vers un statut de piliers émergents du nouveau système global, phénomènes porteurs de crise en Chine comme dans l’UE).

Ainsi l’équipe de LEAP/E2020 estime nécessaire d’anticiper, dans le numéro 16 du Global Europe Anticipation Bulletin (sur abonnement), l’évolution des 4 tendances suivantes qui vont, dès cet été, façonner la seconde moitié de 2007 tant en terme d’économie, de finances ou de politique internationale.

Les quatre tendances à hauts risques à suivre d’ici Septembre 2007 :

1. Finance - La fuite des opérateurs hors des bons du Trésor US, les Sovereign Wealth Funds, la perte de contrôle des taux d’intérêts US par la Fed et le grand retour de la volatilité

2. Economie US - Le PNB « fantôme » inventé par les statistiques US, l’aggravation de la crise immobilière aux Etats-Unis et la montée du chômage réel : la « Très Grande Dépression de 2007 » prend forme

3. Commerce international - Les retombées aux Etats-Unis et en Chine de l’entrée en récession de l’économie US : guerre commerciale accrue et système financier chinois en crise

4. Euroland - La zone Euro en crise avec l’éclatement de la bulle immobilière espagnole et des bulles monétaires spéculatives en Europe de l’Est

Comme le décrivent les analyses de LEAP/E2020 dans le GEAB N°16 (sur abonnement), l’été 2007 va organiser ces lignes de force qui vont façonner le reste de l’année 2007 et prendre à revers les analyses dominantes de ces trois derniers mois. Les conseils de notre équipe dans ce numéro du GEAB visent à permettre aux acteurs concernés d’éviter les principaux risques de l’été à venir.

=======================================

[1] C’est Bear Stearns qui a ouvert le bal avec une baisse de 10% de ses revenus au second trimestre du fait de la crise des prêts à risque. Et le 2° trimestre n’est que le premier d’une série qui vont connaître l’impact complet de cette crise qui ne fait que commencer (comme décrit dans les derniers Global Europe Anticipation Bulletin). Les déclarations des dirigeants de Bear Stearns illustre d’ailleurs bien ce qui attend l’ensemble des grandes banques d’affaires américaines : annonce qu’au-delà des « subprimes », les prêts Atl-A (moins risqués) sont désormais cause de pertes pour la société et liquidations de hedge funds lestés de près de 4 milliards d’actifs liés aux prêts hypothécaires. Source : Bloomberg, 14/06/2007

[2] Source : MarketWatch/DowJones, 14/06/2007

[3] Source : MarketWatch/DowJones, 14/06/2007

[4] La livraison de Juin 2007 de l’étude annuelle du « Joint Center for Housing Studies » de l’université d’Harvard sur l’évolution de l’immobilier américain indique très clairement que la crise immobilière n’est qu’à son début puisque « les prix ne font que commencer à baisser, les prêts les plus risqués ne font que commencer à entrer en période de refinancement, et la restriction du crédit vient juste de commencer ». Les principales conséquences sur la sphère financière, la consommation et l’emploi sont encore à venir et vont se matérialiser de plus en plus brutalement dès l’été 2007.

[5] Le taux de popularité du président G.W. Bush est tombé à 29% contre 66% de mécontents (son score le plus mauvais depuis son arrivée au pouvoir). Dans le même sondage du Wall Street Journal / NBC, rapporté par MarketWatch/Dow Jones du 13/06/2007, 68% des américains estiment que le pays est engagé dans la mauvaise direction. Et ils ne sont que 23% à juger positif l’action du Congrès démocrate élu il y a un an. L’Irak et l’économie étant les facteurs clés déterminant l’opinion publique américaine actuellement, on ne peut que noter un gouffre immense entre les chiffres « officiels » et les déclarations optimistes sur l’économie US d’une part, et l’opinion des citoyens américains sur l’état de leur pays d’autre part.

[6] La partie concernant l’aspect militaire et stratégique sera présentée plus en détail dans le GEAB N°17 (sur abonnement).

[7] Source : GlobalInsight.

[8] Source : Rob Vos, Directeur du Département d’Analyse et Prévision de la Direction des affaires économiques et sociales, ONU, 30/05/2007

[9] Cet arrêt de la publication de M3 fin Mars 2006 avait été annoncée par LEAP/E2020 dans le GEAB N°2 de Février 2006.

[10] Ainsi, les prévisions économiques révisées de l’ONU estiment désormais à 0,5% la croissance américaine pour 2007 et 2008. On est loin des 2% à 3% des autorités américaines et des principales banques et médias financiers. Source : Rob Vos, Directeur du Département d’Analyse et Prévision de la Direction des affaires économiques et sociales, ONU, 30/05/2007

[11] Source : MarketWatch/DowJones, 12/06/2007

[12] Source : Financial Times, 12/06/2007

[13] Source : MsnMoneyCentral / Financial Times, 12/06/2007

============================================

Pour en savoir plus: http://www.europe2020.org/spip.php?article476&lang=fr


Dernière édition par le Sam 4 Aoû - 1:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les dangers de la politique monétaire des Etats-Unis   Sam 4 Aoû - 1:26

De toute manière les analystes cambiste annoncent un 1€ pour 1,4$ la hausse est déjà anticipé avec un €uro à 1,36 ce qui signifie la confiance qui s'installe autour de l'€uro face au dollar.
Ce qui m'inquiète c'est que 50% des entreprises en Euro sont possédées à pret de 50% par des fond de pension "suceur" de cashflow.
Leur vision de rentabilité court terme va entrainer une belle crise en Europe et Asie mais l'avantage qu'aura l'€urope c'est qu'elle inspire confiance, l'€uro fort va contribuer à maintenir un pouvoir d'achat élevé sur les matières premières.
De surcroit la Russie et l'Inde investissent beaucoup en Europe ce qui renforcera le malaise face aux US.

Ce qui me pose des questions est que va faire la Chine si elle voit que l'inflation gagne du terrain et que ses 1000 milliard de devise perdent 40% ?
Elle risque tout simplement d'essayer de s'en débarrasser à perte et va accroitre d'avantage l'inflation galopante.
Je vois pas comment la Fed va s'en sortir sur le long terme politiquement parlant il y a que deux solutions faire payer ou accepter l'inflation.
Pas de flat tax possible enfin dans les rêves loool

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